Mickey 17


Héros malgré lui, Mickey Barnes se tue à la tâche… littéralement ! Car c’est ce qu’exige de lui son employeur : mourir régulièrement pour gagner sa vie. 

L’inépuisable Robert Pattinson rejoint Jesse Eisenberg, Jake Gyllenhaal ou encore Tom Hardy dans le club très restreint des acteurs ayant joué plusieurs rôles dans un même film. Tout cela est facilité par les nouvelles technologies actuelles. Avant, il fallait surtout compter sur des doublures, une sérieuse dose de créativité et un montage irréprochable pour faire illusion. Robin Williams, Eddie Murphy et Peter Sellers sont d’ailleurs eux aussi passés par là.


Là où Pattinson fait fort, c’est en interprétant deux personnages diamétralement opposés. C’est dans ce contraste qu’on prend la mesure de son talent. La subtilité de son jeu est sidérante, à tel point qu’on oublie que Mickey 17 et Mickey 18 sont joués par un seul et même acteur ! Naomi Ackie est très convaincante dans son rôle de cheffe de la sécurité. Mark Ruffalo excelle dans l’incarnation de ce leader et fan d’eugénisme à qui il ne manquerait plus qu’une casquette rouge.


Le chef op Darius Khondji, avec sa photographie chaude, nous fait oublier que ce long-métrage se passe presque exclusivement sur Niflheim, une planète de glace. Chapeau bas donc pour ce directeur de photographie qui avait signé ‘Okja’ il y a quelques années.


Avec sa vision originale et son style inimitable, le cinéaste Bong Joon-ho (‘Parasite’) signe une satire sur la lutte des classes, une expérience unique chargée en humour noir qui, en sortant des sentiers battus, parvient à divertir efficacement.


'Mickey 17' est généreux dans ce qu’il a à offrir : une escapade à l’autre bout de la galaxie avec un message qui sonne comme un boomerang intersidéral pour certains politiciens populistes en quête de gloire éternelle.


Note :

Critique : Goupil


Autre critique, autre point de vue – Mickey 17 vu par le Professeur Grant :

Six ans qu’on n’avait plus de nouvelles de Bong Joon-ho. Soit une éternité pour celui qui a, entre autres, forgé sa cinéphilie sur des œuvres telles que Memories of Murder ou The Host, deux séismes cinématographiques qui ont permis de situer la Corée du Sud sur la mappemonde du septième art, à l’orée des années 2000. Avec ses représentants de la nouvelle vague locale Park Chan-wook (Old Boy), Kim Jee-woon (I Saw The Devil) ou encore Na Hong-jin (The Chaser), le Pays du Matin calme s’est octroyé une jolie réputation auprès des amateurs de cinéma de genre issus des quatre coins de la planète. Dès que la clique de cinéastes sort une nouvelle pellicule, c’est un événement.

Aujourd’hui, place au réalisateur oscarisé de Parasite, qui nous plonge, avec son Mickey 17, dans un univers sci-fi où la frontière entre l’humain et la machine, l’éthique et l’exploitation, est mise à l’épreuve. Dans cette aventure visuellement impressionnante, l’auteur d’Okja semble derechef soulever des questions fondamentales sur la société moderne. Cependant, nonobstant une enveloppe esthétique maîtrisée et une idée de départ brillante (le héros Mickey Barnes, bien malgré lui, se tue à la tâche - littéralement - pour gagner sa vie), le long-métrage souffre de plusieurs défauts qui l’empêchent de pleinement atteindre son potentiel.

Tout d’abord, au rayon des qualités, ce qui frappe dans Mickey 17, c'est la capacité du Sud-Coréen à aborder des thématiques lourdes avec une certaine légèreté satirique. Un savoureux paradoxe dont il s’empare à-bras-le-corps pour déconstruire le genre de la science-fiction en offrant une vision où l’humour noir et la critique sociale se mêlent subtilement aux grands enjeux technologiques. Bong Joon-ho, fidèle à son habitude, parvient à donner une profondeur inattendue à un concept qui, sur le papier, pourrait sembler prévisible : un homme (ou plutôt, une copie d’homme) condamné à une existence cyclique dans un environnement hostile.

Autre mérite à mettre au crédit du quinquagénaire, la virtuosité de la mise en scène. Une réalisation soignée, où chaque plan, ou presque, est pensé comme un tableau à part entière. Enrobée d’effets spéciaux impressionnants, cette superproduction ne tombe jamais dans le piège du grand spectacle gratuit. L’isolement et la solitude de Mickey, incarné par un Robert « The Batman » Pattinson intensément expressif qui parvient à rendre son personnage attachant, sont magnifiquement rendus à travers des décors épurés et une photographie signée Darius Khondji (The Lost City of Z) qui laisse respirer l’espace, tout en accentuant le malaise sous-jacent de l’histoire.

Néanmoins, ce blockbuster d’auteur peine à maintenir la tension tout au long de son récit. L’intrigue se trouve souvent diluée par des digressions qui nuisent au rythme général. On se surprend parfois à chercher un fil conducteur plus solide, tant les enjeux semblent se perdre dans des développements secondaires peu convaincants. L’action, bien que présente, est trop sporadique, ce qui donne à l’ensemble une sensation de flottement, comme si cette indéniable comédie hésitait parfois à embrasser totalement sa dimension sarcastique. Cet atermoiement, plus que de l’ambiguïté artistique, frôle parfois la dilution de l’intérêt.

Mais, le véritable coup de frein réside dans la gestion du tempo de ce divertissement. Si certaines séquences sont d’une fluidité admirable, d’autres s’enlisent dans des longueurs inutiles. Le spectateur se trouve parfois déconnecté des enjeux principaux, perdu dans des réflexions trop abstraites, des scènes superfétatoires ou des moments d’ennui contemplatif qui font grimper la durée (et l’impatience du tout-regardant). Quelques coupes au montage auraient été bienvenues pour muscler la narration. Résultat, l’ensemble ne parvient pas à pleinement rendre l’impact émotionnel ou intellectuel que l’on attendait d’une telle ambition.

Bien qu’indéniablement intéressant, Mickey 17 n’échappe pas à certains écueils qui nuisent à son éclat. Ses idées formelles et son propos caustique sont de véritables atouts, mais la trame manque de consistance et le rythme fluctue de manière trop inégale pour que l’on puisse pleinement adhérer à l’expérience. Comme un goût d'inachevé.

Note : 
Critique : Professeur Grant

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