The Brutalist

 


Fuyant l’Europe d’après-guerre, l’architecte visionnaire László Tóth arrive en Amérique pour y reconstruire sa vie, sa carrière et le couple qu’il formait avec sa femme Erzsébet, que les fluctuations de frontières et de régimes de l’Europe en guerre ont gravement mis à mal.

Livré à lui-même en terre étrangère, László pose ses valises en Pennsylvanie où l’éminent et fortuné industriel Harrison Lee Van Buren reconnaît son talent de bâtisseur. Mais le pouvoir et la postérité ont un lourd coût.



En pole position dans la course aux Oscars, The Brutalist débarque dans les salles obscures précédé d’une jolie réputation, faisant suite aux critiques dithyrambiques reçues lors de sa présentation en grande pompe à la dernière Mostra de Venise où le metteur en scène Brady Corbet a glané le prix du Lion d’argent du meilleur réalisateur. Un trophée amplement mérité pour ce trentenaire pétri d’ambitions issu du circuit indépendant qui a autrefois joué les acteurs pour des auteurs tels que Michaël Haneke, Lars von Trier, Ruben Östlund, Olivier Assayas ou encore Noah Baumbach. Loin de nous l’idée de faire son panégyrique, mais il faut lui reconnaître une belle audace et de solides épaules pour mener à bien un projet qui éclate à ce point les coutures conventionnelles de la production hypernormative de l’industrie hollywoodienne.

Dès sa conception, le long-métrage empilait les pierres d’achoppement concernant sa future distribution en salles : un sujet sensible ayant pour toile de fond les traumas de l’holocauste et qui donne à voir le versant sombre de l’Amérique (fresque autour d’un architecte hongrois, immigrant aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale), une durée fleuve de plus de 3h30 qui emballe une structure en diptyque scindée par un entracte imposé aux exploitants de salles et aux spectateurs, le format VistaVision, soit un procédé de prise de vue désuet sur des pellicules 35 mm, sans oublier son budget dérisoire de 10 millions de dollars pour mettre en lumière, en décor et en costume ce drame historique d’une colossale envergure. Des risques, des contraintes, des gageures et, au final, une fresque démentielle qui tutoie les cimes du chef-d’œuvre. Corbet parvient à enchaîner les défis formels et narratifs tout en livrant une épopée vertigineuse, cohérente et d’une rare puissance esthétique.

Hors norme, hors catégorie, mais jamais hors sujet, The Brutalist déroule son récit dense et riche en thématiques (la désillusion du rêve américain, l’art comme exutoire de la souffrance, l’exploitation des migrants, le poids du passé et la quête d’identité) avec une pertinence dans le fond, une fluidité à l’image et une rigueur dans la narration qui démontrent toute la virtuosité du jeune cinéaste qui a parfaitement synthétisé ses influences, naviguant habilement entre les inspirations du cinéma européen et les codes hollywoodiens. On pense à László Nemes et son Saul Fia, notamment avec le prologue étouffant en plan-séquence dans les cales du bateau qui amène le héros dans la Grande Pomme, ou encore à la maestria de la mise en scène de Paul Thomas Anderson et de son monumental There Will Be Blood à qui le film renvoie énormément.

Un classique instantané qui doit beaucoup au casting et à la direction d’acteurs impeccablement orchestrée. Plus de vingt ans après l’Oscar gagné pour son rôle dans The Pianist de Roman Polanski, Adrien Brody est à quelques semaines de s’offrir une deuxième statuette largement méritée. Le comédien livre une prestation habitée et saisissante, tout en subtilité, dans le rôle fictif d’un architecte juif hongrois, adepte du courant brutaliste, qui tente de se reconstruire au pays de l’Oncle Sam. Son jeu est d’autant plus marquant qu’il trouve un écho dans l’interprétation de Felicity Jones, poignante dans la peau d’une femme émigrée. Mais c’est sans doute Guy Pearce qui offre la surprise, dans un rôle ambigu (le meilleur de sa filmo), où il parvient à transmettre la tension sourde qui habite son personnage de manière fascinante.

A la fois intimiste et épique, classique et moderne, The Brutalist, avec son souffle romanesque, nous embarque sur plusieurs décennies à un rythme effréné, nous scotche par sa plastique chiadée et finit par emporter notre totale adhésion. Ne manquez pas le premier choc cinématographique de l’année !

Note : 
Critique : Professeur Grant

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