Kong: Skull Island
Un groupe d'explorateurs plus différents les uns que les autres s'aventurent au cœur d'une île inconnue du Pacifique, aussi belle que dangereuse. Ils ne savent pas encore qu'ils viennent de pénétrer sur le territoire de Kong…
1.
MonsterVerse : bêtes et méchants
Dix ans après la version
de Monseigneur - des anneaux - Peter Jackson, King Kong bondit derechef
sur le grand écran. Reboot porté par la collaboration Warner/Legendary,
« Kong : Skull Island » est en réalité le deuxième épisode d’un
univers partagé, appelé « MonsterVerse », dans lequel on retrouve
déjà le dernier « Godzilla » sorti en 2014. Ce dernier connaîtra d’ailleurs
une suite en 2019 avant que les producteurs réalisent leur fantasme ultime :
« Godzilla vs. Kong » prévu à l’horizon 2020. Vous comprenez
maintenant pourquoi notre macaque est démesurément grand (30 mètres alors que le
Kaijū culmine à 100 mètres). On en salive déjà. Ou pas.
2.
Apocalyspe Now meets Jurassic Park
Au regard de cette
réinterprétation du monstre simiesque, il ne fait aucun doute sur l’orientation
du pitch qui a été faite pour promouvoir ce projet de 185 millions de dollars
de budget aux financiers : « Apocalypse Now » rencontre
« Jurassic Park ». En substance : un chef-d’œuvre de film de
guerre palmé à Cannes s’acoquine avec une œuvre culte dans le genre aventure
qui fit trembler le box-office mondial. En somme, on mélange des pommes et des
poires dans le but, honorable, d’en faire un crumble aussi généreux que parfumé.
Si d’un premier abord, l’association semble hasardeuse, le résultat, plutôt
réjouissant pour la rétine, prouve que l’idée n’est pas si bête.
3.
Kong is King
Ainsi, en 1973, au terme
d’une guerre au Vietnam qui a frustré de nombreux militaires fous de la
gâchette, une équipe de scientifiques portée par ce bon vieux John Goodman,
fraîchement étoilé sur le Walk of Fame du Hollywood Boulevard, est escortée par
une escouade de soldats vers une île mystérieuse du Pacifique. Sur place, ils
font la connaissance d’un hôte « hénaurme » qui n’apprécie guère le
dérangement. C’est que la cavalerie arrive avec des présents plutôt douteux,
soit des bombes sismiques pour analyser le terrain. Il n’en faut pas davantage
pour susciter le courroux d’un être aussi doux tel que Kong, roi et protecteur
de ce territoire. Vous vous en doutez, ça va cogner sec.
4.
Le Bon Gros Géant
D’emblée, Jordan
Vogt-Roberts joue carte sur table. Le jeune réalisateur n’ambitionne rien
d’autre que le blockbuster pétaradant, le film d’aventure décomplexé, la
superproduction primaire et jouissive. Son objectif : enchaîner les
séquences d’action entre ce Bon Gros Géant et les humains sans oublier ces
mêmes bipèdes pas si évolués que ça face à d’autres monstres aussi flippants
que dégoûtants. Et pour le coup, c’est réussi. On ne voit pas les deux heures
passer tant le rythme est soutenu et les séquences spectaculaires. La scène
des hélicoptères vaut, à elle seule, son pesant de pop-corn.
5.
« Just wanna have fuuuun »
Naguère, le cinéaste français
Henri-Georges Clouzot affirmait que pour réaliser un bon film, il fallait
« premièrement, une bonne histoire, deuxièmement, une bonne histoire,
troisièmement, une bonne histoire ». Ecrivons-le tout de go, Jordan Vogt-Roberts
n’appartient pas à la même école. Ce n’est clairement pas le même courant. Pour
lui, une bonne succession de scènes bad
ass est largement satisfaisante. C’est pourquoi le scénario tient sur un
paquet de Tic Tac et que la psychologie des personnages est aussi développée
que dans un épisode des « Télétubbies ». Bref, du fun, du fun et
encore du fun.
6.
La Belle et la Bête… et Paul le poulpe !
Cela émis, il faut déjà
avoir sérieusement confiance en sa mise en scène pour pouvoir tenir éveillé le
spectateur avec un récit tellement creux où des protagonistes aussi
charismatiques que Paul le poulpe (et encore, on est méchant avec l’oracle
d’Oberhausen qui fait par ailleurs un caméo) se querellent à qui mieux mieux. A
ce propos, le couple photo friendly
formé par la belle Brie Larson et la bête Tom Hiddleston est insipide tandis
que Samuel Lee Jackson, en surchauffe, cabotine joyeusement dans la peau d’un
personnage beaucoup trop évident pour lui. Seul John C. Reilly parvient à
sauver les meubles dans un rôle de dingo aussi touchant que désopilant. Un
« comic relief » sympa qui vient apporter un peu de second degré
bienvenu dans cette improbable histoire.
7.
WoW Effect
Récit riquiqui,
interprétations fades, le métrage souffre certainement de grosses lacunes. Mais
ces carences sont contrebalancées par une direction artistique irréprochable.
Tant au niveau des décors, somptueux, que de la photographie léchée ou encore
des effets-spéciaux renversants, « Kong : Skull Island » en met
plein les mirettes. La société ILM (Industrial Light & Magic) s’est encore
une fois surpassée en donnant vie à un bestiaire fantastique. L’animation de
l’eau et des poils, la chorégraphie des combats, la gestuelle des monstres et
autres CGI apparaissent sur la grande toile de manière étourdissante.
Interlude :
petit aparté sur l’IMAX 3D
Des effets visuels par
ailleurs magnifiés par la technologie dite IMAX 3D, si vous en avez l’occasion.
Le supplément ? Un surcoût de seulement six euros sur votre ticket de
base. Bah oui ! Quatre petits deniers pour l’IMAX et « deux
heureux » pour le tridimensionnel. Quatre et deux qui nous font six. Le
compte est bon ! Sans oublier naturellement le prix très démocratique du
ticket de cinéma, soit une dizaine d’euros chez votre fournisseur de bonheur
qu’est Kinepolis. Donc, en tout et pour tout, vous débourserez la modique somme
d’une quinzaine d’euros. Autrement dit, du plaisir à tout petit prix !
Alors, elle est pas belle la vie ?
8.
Money Shots
Si la technique est
irréprochable, il ne faut surtout pas occulter la dimension artistique ainsi
que la créativité du réalisateur. Ce dernier signe des plans de toute beauté,
des « money shots » époustouflants, soit du pain bénit pour ceux qui
ont confectionné les différentes bandes-annonces. Particulièrement inventif
dans ses placements de caméra, Jordan Vogt-Roberts fait montre d’une indéniable
virtuosité dans l’art de la mise en scène. Sans renier ses pairs, notamment
avec de savoureux hommages à Francis Ford Coppola ou Steven Spielberg,
l’Américain s’approprie pleinement le sujet pour en livrer un pur produit de
divertissement qui remplit parfaitement son cahier des charges.
9.
Musique maestro !
Un vrai spectacle son et
lumière ! D’ailleurs, le montage sonore est à ce point ingénieux qu’il ne
faudrait pas que l’Académie l’oublie d’ici février 2018. Le metteur en scène se
joue des bruits et des musiques pour donner un environnement sonore dantesque.
Comme dans la scène - d’ores et déjà d’anthologie - des hélicoptères où le son
des pales d’hélice s’harmonise avec la bande originale très rock’n roll -
seventies oblige - et les images au ralenti. Le tout dans un montage saccadé
qui rappelle le clip vidéo. C’est, de loin, l’une des séquences les plus
démentes qu’on ait vu récemment au cinéma !
10.
La foire aux monstres
Mené tambour-battant au
son d’une compilation de tubes rock, cette foire aux monstres est au pop-corn
movie ce que le dernier « Star Trek » est à la science-fiction. Soit
rien de nouveau sous le soleil mais terriblement efficace dans son genre. Ce
reboot haletant aussi décérébré que décomplexé vaut autant pour son esthétique
soignée que pour ses scènes d’action monumentales. Misant sur le spectaculaire
au détriment de la profondeur, Jordan Vogt-Roberts signe in fine une série b
honnête qui a le mérite de dépoussiérer le mythe non sans panache. Mais le film
aurait pu avoir une autre envergure si ce dernier n’avait pas autant négligé
ses protagonistes et s’il avait davantage épuré son récit des nombreuses maladresses,
invraisemblances et autres incohérences.
Addendum :
la planète du singe ?
Restez jusqu’à la fin du
(très) long générique : une séquence vous précise les intentions de la
production dans la suite du MonsterVerse.
Note: ★★★
Critique: Professeur Grant
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